Dans l’analyse des usages de la réalité augmentée, la question de la « réelle » valeur ajoutée est centrale. Pour qu’une application dépasse le stade du gadget, elle doit répondre à un besoin où l’interaction directe avec l’environnement physique en temps réel est non seulement utile, mais techniquement irremplaçable. La présentation de Katharyn King lors de la conférence AWE XR, centrée sur la gestion de la schizophrénie et des traumatismes complexes, en offre pour moi une illustration assez remarquable. Je vous propose de l’explorer.
Comme le précise Katharyn King, ancienne spécialiste du renseignement militaire devenue créatrice de contenus immersifs chez CatheXis Films, le fonctionnement du cerveau humain repose sur la construction permanente d’un modèle de prédiction du monde réel, élaboré en croisant les signaux sensoriels bruts et la mémoire. Dans le cas de pathologies comme la schizophrénie résistante aux traitements ou les états dissociatifs graves, ce processus de calibration échoue. L’individu est confronté à des hallucinations visuelles ou auditives régulières. Le véritable coût de la maladie au quotidien se trouve dans la vérification permanente du réel. Pour chaque perception ambiguë, le cerveau doit mener un travail d’analyse et de recherche de preuves factuelles afin de déterminer si le signal provient de l’environnement physique partagé ou d’une projection neurologique. Cette hypervigilance continuelle génère une fatigue cognitive extrême et un épuisement mental qui rendent la vie infernale.
C’est précisément pour lever cette charge mentale que Katharyn King a développé l’application PercepAR. Atteinte elle-même de schizophrénie et de traumatismes complexes, elle l’a conçue comme un outil de navigation dans le monde réel. L’application superpose directement sur le champ de vision des repères factuels et des questionnements structurés issus des théories cognitivo-comportementales. En guidant l’utilisateur à travers une série d’évaluations systématiques de ce qu’il voit ou entend, PercepAR agit comme un « filtre d’étalonnage ». L’appareil prend en charge la capture factuelle de la scène et offre un support objectif sur lequel appuyer le raisonnement. Le doute n’est plus traité exclusivement par l’effort mental de l’individu : il est médié et qualifié par l’interface.
Pour moi, ce cas d’usage montre exactement la spécificité de la réalité augmentée : intervenir directement à l’interface entre l’humain et son environnement réel, au moment précis où la perception se produit. L’application ne cherche ni à remplacer le monde extérieur ni à fournir un diagnostic médical. Elle s’insère comme une prothèse cognitive d’ancrage dans le quotidien de l’utilisateur. Comme je l’ai mentionné au début de cet article : la RA est techniquement irremplaçable.
Au-delà du secteur médical, on peut imaginer une catégorie d’applications où la réalité augmentée garde ce statut. Dès lors qu’une situation exige la qualification en temps réel d’un environnement physique, la superposition de repères numériques contextualisés est la réponse technique la plus adaptée. C’est probablement dans ce créneau que vont apparaitre les usages les plus prometteurs des lunettes de RA. REete à les découvrir :)

