Il y a quelques semaines, Samsung faisait la une de l’actualité XR avec la présentation de son casque Galaxy XR et montrait clairement la volonté de l’entreprise de revenir dans le milieu des technologies immersives avec un partenaire fameux : Google. Mais ce n’est pas le seul mouvement de Samsung sur le plan du matériel XR et, depuis quelques mois, la rumeur court sur l’arrivée d’une paire de lunettes en 2026. Je vous propose de faire le point sur les éléments à notre disposition sur ces “Galaxy Glasses” et de tenter de déterminer sur quels segments de marché elles pourraient se positionner.
Quelques caractéristiques
Commençons par explorer les caractéristiques probables des lunettes, connues sous le nom de code “HAEAN”. Les différentes “fuites” techniques suggèrent un appareil conçu pour une utilisation quotidienne, avec des fonctionnalités clés axées sur la connectivité et l’intégration de l’IA :
- Verre à transition : les lunettes seraient équipées de verres à transition (photochromiques) qui ajustent leur teinte en fonction de la lumière ambiante. Nous n’avons pas d’indice actuellement pour savoir si l’affichage se fera directement sur ces lentilles ou si un écran sera disposé entre le verre et l’oeil de l’utilisateur. Nous savons toutefois que Samsung dévellope depuis plusieurs années les recherches sur la technologie LED on Silicon (LEDoS), des écrans miniatures à base de micro-LEDs montées sur des plaquettes de silicium, avec une production commerciale prévue pour 2027. Ces écrans ont été présentés comme idéal pour les lunettes de RA puisqu’ils proposent une résolution ultra-élevée, une grande efficacité énergétique et une forte luminosité.
- Caméra intégrée : un appareil photo intégré est prévu. Les rumeurs suggèrent un capteur de 12 mégapixels, potentiellement fourni par Sony.
- Connectivité : le dispositif supportera le Wi-Fi et le Bluetooth pour la connexion à un smartphone. Comme aucune mention n’est pour le moment faite sur la possibilité d’une connexion de données mobiles propre, on peut estimer que ces lunettes ne pourront pas être utilisées de manière autonome.
- Batterie : une batterie de 155 mAh a été mentionnée dans les fuites, mais cela semble assez faible pour un appareil de ce type, sauf si la consommation totale est significativement basse.
- Puce Snapdragon de Qualcomm : en version AR1, AR1+ ou même AR2 ce n’est pas très clair.
- Design et partenariats : il semblerait que Samsung travaille avec les partenaires déjà identifié de Google pour les lunettes, soit Gentle Monster et Warby Parker pour assurer un design élégant et « fashion-forward”.

Du côté de l’OS et des services proposés, on peut assez facilement deviner que les lunettes utiliseront la version adaptée d’Android XR avec peut-être un store dédié. Évidemment, Google Gemini sera installé sur les lunettes pour fournir des fonctionnalités d’IA avancées et, à la manière de ce que nous avons vu pour le casque Galaxy XR, une interface vocale avec les fonctionnalités disponibles. Ce ne sera pas la seule méthode d’interaction puisque plusieurs sources évoquent le suivi des gestes des mains et même le suivi du regard. Pour ces deux dernières méthodes, je n’ai aucune certitude et cela parait même un peu surdimensionné pour une première version.
Le positionnement des Galaxy Glasses
En termes de positionnement, nous n’avons aucune déclaration de Samsung. Mais la similitude avec le modèle prototype présenté au cours de la Google I/O peut nous donner quelques idées. Les lunettes Samsung semblent viser directement le marché établi par les Ray-Ban Meta sans affichage, en mettant l’accent sur l’intégration de l’IA et un design soigné, adapté à la vie quotidienne. Les deux marques paraissent vouloir faire de leur modèle des accessoires de mode indispensables plus que des objets aux fonctionnalités indispensables. C’est un choix pragmatique pour imposer ce matériel dans le grand public, même s’il est difficile de l’imaginer à long terme.

L’avantage majeur de Samsung réside dans l’utilisation d’Android XR comme je l’ai déjà évoqué dans un précédent article puisque Google a clairement la volonté de structurer ses services dans l’écosystème XR. Samsung va donc pouvoir proposer à ses utilisateurs un grand nombre d’applications développées pour Android et ainsi gagner un peu de temps pour mettre en avant un catalogue vraiment focalisé sur les usages de la XR. Si cela vous rappelle la stratégie d’Apple avec le Vision Pro, c’est en effet très proche. Je ne vais pas revenir sur la place centrale de Gemini dans Android XR, Google a lourdement insisté à plusieurs reprises sur le caractère « IA native » de cet OS. Samsung gagne donc facilement une capacité d’interaction naturelle très importante pour faire accepter ce nouveau type de lunettes. Est-ce que les Galaxy Glasses vont se positionner frontalement face aux Ray-Ban Meta ? La question reste ouverte et, tant que la gamme de prix ne sera pas révélée par Samsung, nous resterons dans les hypothèses.
Et pourquoi pas le B2B ?
Puisque tout cet article est basé sur des fuites et des rumeurs, je veux me permettre d’y ajouter une analyse personnelle : pourquoi ne pas imaginer ces lunettes comme des outils professionnels dans la droite ligne des usages avancés par Samsung pour le Galaxy XR ?
Pour le moment, le casque cherche encore son marché et on ne peut pas dire que l’entreprise clarifie les choses entre annonce de la compatibilité prochaine avec le service Galaxy Enterprise Edition et un Explorer Pack qui inclut YouTube Premium 🙂 Mais si on consulte les experts du secteur, on trouve un certain consensus pour dire que le Galaxy XR a un usage centré sur l’immersion et la puissance de calcul, notamment pour la formation professionnelle, la conception 3D, la simulation et la collaboration à distance. Autant dire qu’il vise en majorité le marché des entreprises. L’utilisation d’Android XR comme plateforme commune pourrait être la clé de la stratégie de Samsung en permettant une complémentarité et une fluidité d’usage entre les deux facteurs de forme. Dès lors, les deux appareils serviraient à différents besoins au sein du même écosystème « Galaxy ».

Imaginons par exemple un technicien de maintenance qui utilise le Galaxy XR pour suivre une formation immersive sur la réparation d’une nouvelle machine complexe, avec des schémas 3D superposés et des instructions détaillées. Sur le terrain, il pourra porter des Galaxy Glasses qui utiliseront potentiellement le même outil logiciel. Gemini reconnait la machine et récupère les instructions liées à la réalisation de la tâche, puis guide la personne en fonction des étapes de formations suivies. Le transfert de connaissances est ainsi rendu continu du mode immersif (casque) au mode contextuel (lunettes) et réduit le risque d’erreur.
Et pourquoi ne pas imaginer le même scénario dans la conception ? Un architecte utilise le Galaxy XR pour manipuler et visualiser un modèle 3D complet d’un bâtiment dans son espace de travail virtuel, ajustant les plans et annotant les modifications. Quand il quitte son bureau et se rend sur site, ses Galaxy Glasses lui permettent de superposer les annotations 3D sur le chantier réel en RA, et d’enregistrer des notifications vocales avec Gemini concernant les mises à jour des plans. Encore une fois la cohérence entre le virtuel et le physique est améliorée.
J’insiste sur le fait que ce ne sont que des hypothèses et que je ne suis pas dans la tête des dirigeants de Samsung pour comprendre leur stratégie. Mais il y a un vrai manque aujourd’hui dans le domaine B2B pour des outils d’efficacité opérationnelle en XR. Le facteur de forme des lunettes est particulièrement bien adapté à ces usages… Encore faut-il que les constructeurs aient envie de l’investir !
Quelques sources
- Tout ce que l’on sait des « Galaxy Glasses », les futures lunettes connectées de Samsung
- Google & Samsung AR Glasses set for 2026 Release: What Enterprises Need to Know
- New details about Samsung’s smart glasses emerge, US launch confirmed
- Samsung steps up AR race with advanced microdisplay for smart glasses
