Sommes-nous au début d’un véritable développement des usages des lunettes « XR » dans le secteur B2B ? Je le pense et cette édition de Google I/O en est un catalyseur.
Google I/O 2026 a pu vous paraitre un peu fade sur le plan de la XR par rapport à l’an dernier, car finalement nous y avons appris peu de choses à part des confirmations de fonctionnalités ou de date de disponibilité de lunettes. Pourtant la focalisation sur Gemini nous en dit beaucoup sur les potentiels usages d’AndroidXR et sur les avantages et les contraintes auxquels il faut se préparer. Pour les DSI, les directeurs de l’innovation et les prestataires XR, il est temps de dépasser le discours marketing pour décortiquer les implications concrètes en environnement B2B. Loin des usages de loisirs, l’intégration sur le terrain exige des réponses claires sur l’infrastructure, les coûts et la sécurité. Je vous propose donc d’explorer plusieurs de ces points dans cet article. Si vous voulez une synthèse global de la Google I/O 2026, je vous invite à consulter l’article de RA’pro.
AndroidXR et intégration dans les SI d’entreprise, la fin du bricolage ?
Le système AndroidXR a exigé un temps de développement et d’adoption assez considérable pour fédérer les partenaires industriels, mais cette phase de maturation semble maintenant terminée. Il n’y a pas eu d’annonce particulière lors de la keynote, mais nous devons tout de même noter que la mise à jour d’avril 2026 intégrait le support natif d’Android Enterprise à Android XR. Les casques et les lunettes connectées cessent d’être gérés comme des objets isolés pour s’aligner sur les protocoles des terminaux mobiles d’entreprise. Les directions informatiques peuvent désormais s’appuyer sur leurs outils de gestion de flotte existants pour automatiser la configuration des appareils dès leur premier allumage, distribuer les applications métiers via des catalogues privés sécurisés et appliquer de manière centralisée les politiques de chiffrement et de protection des données. C’est un sacré pas en avant pour le déploiement.
On peut noter également ici la volonté de Google de s’intégrer au maximum dans le standard OpenXR pour assurer au maximum la portabilité des applications entre appareils Cela ne présage en rien de la viabilité des futures lunettes utilisant AndroidXR mais on peut au moins se dire que l’évolution des flottes en sera facilitée.
Gemini pour les rassembler tous… dans la consommation de tokens !

Si 90% de la Google I/O ont été consacrés à Gemini, c’est surtout pour indiquer que l’IA de Google arrive partout et dans tous les produits. Pour la XR, cela va de l’utilisation d’Antigravity 2 pour faciliter le développement d’applications à une IA omniprésente dans les applications pour interpréter les données des capteurs. Nous sommes tous convaincus que cela va améliorer l’interface et les interactions de l’utilisateur. Mais pour le développeur, la question du modèle économique est à remettre en question. L’usage intensif d’un modèle comme Gemini pour analyser en temps réel un flux vidéo ou audio industriel peut rapidement grever le budget d’exploitation d’un projet si la structure logicielle n’est pas rationalisée. Les prestataires de la XR ne peuvent plus se contenter de développer de simples interfaces de visualisation. Ils doivent concevoir des logiques applicatives capables de traiter des données en local, de réduire la résolution des images soumises ou de ne solliciter l’API que sur des déclencheurs métiers précis afin de garantir la viabilité économique et le retour sur investissement des solutions déployées.
La question de qui paye la consommation de tokens mérite aussi d’être posée car entre les applications développées à façon et les usages liés à des plateformes, les choix seront probablement différents. Dans un monde où la quantité de tokens utilisée ET le prix unitaire du token peuvent varier, je vous laisse imaginer les surprises potentielles…
Quid de la sécurité des données ?

Dans certaines situations, la maîtrise absolue des flux de capteurs touche directement au cœur de la sécurité et de la protection du secret industriel sur le terrain. Sur un site sensible, l’usage d’une caméra active est tout simplement prohibé pour empêcher l’exfiltration de secrets de fabrication. Un système XR d’entreprise doit donc impérativement permettre un contrôle granulaire de ces flux d’informations. Si la plateforme AndroidXR promet une ouverture théorique à des LLM alternatifs et à des traitements locaux pour garantir la souveraineté des données, une question technique majeure reste en suspens. Pour être pleinement efficaces, ces modèles locaux doivent disposer des mêmes privilèges d’accès aux caractéristiques physiques des lunettes que l’IA native de Google. Si l’accès aux flux vidéo bruts ou aux données de positionnement spatial leur est restreint au nom de la sécurité globale de l’OS, on peut vite se retrouver avec des fonctionnalités tellement bridées qu’elles en deviennent inutiles.
C’est probablement un des éléments qui devra être vérifié le plus rapidement possible.
So what ?
Au bout du compte, devons-nous être déçus par le manque de nouveauté de cette édition ? Je pense que non et même que c’est un excellent signe d’une stabilisation nécessaire pour la XR. En prenant le temps de poser des bases logicielles solides et de structurer son offre auprès de ses partenaires, Google apporte au secteur de la XR la maturité globale qui lui faisait cruellement défaut pour rassurer les donneurs d’ordre. Je prends le pari que cette étape va agir comme un catalyseur pour le développement et la démocratisation des usages à long terme, et même que nous allons voir une explosion des usages B2B début 2027 !
Il est vrai qu’il reste particulièrement complexe aujourd’hui de décrypter la stratégie exacte et les feuilles de route à long terme des grands constructeurs de matériel. Mais contrairement à Apple et Meta qui semblent afficher une stratégie B2B exclusive, Google grâce à AndroidXR devrait permettre l’émergence d’un secteur B2B « standardisé » et stable. Les usages ayant déjà largement fait leurs preuves, je vois cette stabilité (disons pour le moment au moins sa promesse) comme un véritable catalyseur.
Reste une question à laquelle je n’ai pas de réponse : comment les autres constructeurs vont-ils réagir ? Je vous parle beaucoup de lunettes jusqu’à maintenant, mais les casques sont aussi concernés par AndroidXR. Le Galaxy XR de Samsung n’est que le premier de cette nouvelle espèce. Si Meta et Apple vont très probablement continuer leur développement, HTC et Pico vont-ils faire le pari du « standard » et rejoindre Google ?

