Investir dans les technologies immersives en 2025 : l’heure de la « patience active »

Comme en 2024, la nouvelle édition de l’AWE nous a proposé une table ronde où plusieurs investisseurs sont venus présenter leur vision du marché de la XR. Cette fois, c’était au tour de Amy Lamire (WXR Ventures), Jonathan Carmemell (Impact Venture Capital) et Petri Rajahalme (FOV Ventures) de partager leurs analyses. Leur échange a permis de dresser un état lucide des opportunités et des défis du secteur XR et c’est pour moi une excellente occasion de faire la comparaison avec les retours de l’an passé.

Un contexte plus mûr et exigeant

La XR a dépassé la phase de hype décrite par Gartner. Après la bulle d’enthousiasme des années 2019-2020, où de nombreuses entreprises affichaient des valorisations déconnectées de leurs fondamentaux, le marché est revenu à un niveau plus rationnel (oui, oui avec l’aide aussi d’une vraie crise de l’investissement). Si en 2024, les intervenants parlaient de la XR comme un marché de niche, les choses semblent avoir un peu évoluées cette année. Ce n’est toujours pas un marché de masse (nous y reviendrons dans la suite) mais les cas d’utilisation sont en train de se développer et, les intervenants ont été d’accord pour dire que c’est désormais un moment propice pour investir.

Les projets actuels dans leur grande majorité sont crédibles (plus de course à la « killer app ») et les entreprises affichent des revenus prometteurs, à défaut de rentabilité. La traction est plus perceptible, les modèles économiques plus robustes et, avec une valorisation mieux alignée sur la réalité, les prises de participation sont moins risquées. Les investisseurs privilégient clairement des entreprises proches de la rentabilité, capables d’attirer aux tours suivants des investisseurs « généralistes », dans un marché où les capitaux sont plus sélectifs. L’IA générative capte une partie de l’attention, mais n’évince pas la XR, elle pousse au contraire à plus de rigueur et de différenciation.

Les critères d’évaluation des start-ups XR

Pour les trois intervenants, l’équipe reste le critère numéro un. Expérience, cohésion, capacité à pivoter et à exécuter un go-to-market efficace sont déterminants. Une équipe avec un passé reconnu dans le domaine XR peut aujourd’hui approcher les investisseurs avec un « simple » concept solide. En revanche, une équipe sans historique dans le secteur devra montrer des preuves tangibles : clients, revenus, et traction claire pour susciter l’intérêt. Encore une fois, les valorisations doivent rester réalistes, en phase avec la maturité du marché. Le produit ou la technologie n’est qu’un moyen. Ce qui compte, c’est la pertinence du problème adressé et la solidité du chemin vers la solution.

Des use cases solides, surtout en B2B

Les cas d’usage XR qui séduisent encore les investisseurs concernent avant tout le B2B : formation, simulation, maintenance et défense. Les exemples comme Varjo pour la formation de pilotes ou les plateformes de simulation immersive pour la police et l’armée illustrent le potentiel. Le spatial computing reste une piste prometteuse, mais l’adoption grand public est freinée non seulement par le coût, le confort et le contenu, mais aussi par la disponibilité limitée des matériels permettant de vivre pleinement l’expérience XR. Si les appareils évoluent et commencent à se démocratiser, nous sommes encore loin d’une diffusion comparable à celle des smartphones ou des consoles de jeux.

Construire une vision défendable

Les investisseurs insistent sur la nécessité de présenter une vision claire et défendable. Parler du problème à résoudre ne suffit pas, il est nécessaire d’expliquer pourquoi on veut le résoudre, pour le bénéfice de qui ? Il ne s’agit pas de « tomber amoureux » de la technologie, mais de montrer un marché, une solution et un avantage concurrentiel durable que ce soit par la technologie, la réglementation ou la niche ciblée. À l’heure de l’IA, la démonstration de cet avantage peut être une vraie gageure, mais également un moyen de démontrer la robustesse de sa prévision de part de marché.

Explorer d’autres voies de financement

Comme dans la discussion de 2024 et peut-être même un peu plus, les investisseurs ont insisté sur les options hors capital risque pour soutenir les projets XR. Les financements non dilutifs, subventions européennes, programmes publics (comme le NHS au Royaume-Uni) ou fondations, permettent de bâtir une preuve de marché sans céder de capital. Certaines start-ups, notamment orientés B2B avec un modèle clair et des marges suffisantes, choisissent le bootstrap, en finançant leur croissance par leurs revenus ou des contrats clients. On peut même se demander si cette méthode n’est pas destiné à remplacer les phases pré-seed/seed actuelles. Je vous invite à regarder cette vidéo de Silicon Carne avec Pierre Gaubil sur ce sujet précis.

2025, l’année de la « patience active »

2025 n’est pas une année d’attente, mais de consolidation. Les technologies immersives entrent dans une phase de construction discrète mais stratégique. D’ailleurs, nous avons vu une série d’investissements intéressants dans le secteur ces derniers mois. Les bases solides posées aujourd’hui, en B2B comme en préparation du marché grand public, seront le socle de l’adoption future. La “patience active” évoquée par les intervenants pourrait bien être la clé du succès des start-ups XR de la prochaine décennie.

Leading Innovation ++ on the Field ++ with a Purpose | #AugmentedReality #Industry #DataScience #AI #CultivatedMeat #FutureOfFood | PhD Astrophysics
Articles créés 419

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut